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Les deux vies d'une image

Table des matières

Ce qu'elle dit quand tu ne regardes pas

Ouvre la dernière page que tu as mise en production. Regarde la première image. Tu la vois, tu sais ce qu'elle montre, pourquoi elle est là, ce qu'elle apporte au contenu.

Maintenant, ferme les yeux. Qu'est-ce qu'elle dit ?

Si tu as renseigné son texte alternatif, elle dit exactement ce que tu as écrit. Si tu as laissé l'attribut vide, elle ne dit rien. Le lecteur d'écran l'ignore. Si tu n'as pas mis d'attribut du tout, elle dit son chemin vers le fichier. "IMG_4872.jpg". Et si tu l'as rempli pour le référencement, elle récite une liste de mots-clés qui ne décrit rien.

Une image sur le web a deux vies. Celle qu'on voit, et celle qu'on lit. La plupart du temps, personne ne s'occupe de la deuxième.

Cet article va te montrer comment écrire la deuxième vie de tes images. Pour qu'elles disent la même chose à tout le monde.

Plus de monde que tu ne le penses

Stevie Wonder utilise VoiceOver pour naviguer sur internet. En 2011, il déclarait : "il n'y a rien sur l'iPhone ou l'iPad que vous pouvez faire que je ne peux pas faire." Sauf que dans la réalité, ce n'est pas tout à fait vrai. Parce que la plupart des sites ne sont pas conçus pour être lus sans les yeux.

2,2 milliards de personnes dans le monde ont une déficience visuelle. Environ 1 personne sur 4. La plupart voient les images, le chiffre incluant les troubles légers ou corrigés. Mais pour les dizaines de millions de personnes aveugles qui naviguent au lecteur d'écran, une image informative sans texte alternatif n'existe tout simplement pas.

Mais le texte alternatif ne sert pas qu'aux lecteurs d'écran. Il sert à tout le monde dans des conditions dégradées. 60% du trafic web mondial vient du mobile. Des appareils où les images ne chargent pas toujours, surtout en zone rurale où la connexion est moins fiable qu'en ville. Quand l'image ne charge pas, le texte alternatif prend sa place. S'il est vide, il n'y a rien.

Et puis il y a les moteurs de recherche, le SEO et les LLM qui alimentent le GEO. Les uns comme les autres lisent d'abord le texte alternatif. Même les modèles multimodaux qui savent analyser les pixels s'appuient sur l'alt comme signal principal. Un alt bien rédigé, c'est du contenu indexable, citable, trouvable. Un alt vide sur une image informative, c'est une information perdue. Mais un alt vide sur une image décorative, c'est exactement ce qu'il faut. Le lecteur d'écran l'ignore au lieu de polluer la lecture avec un nom de fichier inutile.

Toute la question est là : savoir quand une image a besoin de parler, et quand elle a besoin de se taire. Selon le rapport WebAIM Million 2026, plus d'une image sur six sur les pages d'accueil les plus visitées au monde n'a toujours pas de texte alternatif. Et si on ajoute les alt non pertinents (répétitifs, génériques, bourrés de mots-clés), c'est environ une image sur quatre qui ne remplit pas son rôle.

Quatre images, quatre traitements

Toutes les images ne se valent pas, et toutes n'ont pas besoin du même traitement. La première question à te poser face à une image n'est pas "qu'est-ce que j'écris dans l'alt ?" C'est "est-ce que cette image apporte une information ?"

Image décorative petite : sers-la en CSS

Un motif de fond, une bordure graphique, une icône purement esthétique. Si l'image n'apporte aucune information, elle n'a pas sa place dans le HTML. Sers-la en CSS via background-image ou un pseudo-element. Le lecteur d'écran l'ignore nativement, pas besoin de gérer l'alt.

Image décorative grande : alt=""

Un hero, une photo d'ambiance pleine largeur. Si c'est le plus grand élément visible à l'écran, c'est ton LCP. Le critère de performance qui mesure le temps d'affichage du plus gros élément. Une image CSS est découverte plus tard dans le chargement qu'une balise <img>, ce qui pénalise ton score de performance. On la sert donc en HTML avec un alt vide :

hero-decorative.html
<img src="hero-bg.jpg" alt="" loading="eager">

alt="" n'est pas la même chose qu'un alt absent. alt="" dit au lecteur d'écran : "cette image est décorative, ignore-la." Un alt absent dit : "personne n'a pensé à cette image", et le lecteur d'écran annonce le chemin et le nom du fichier.

Image informative simple : décris l'intention, pas l'image

Un logo cliquable, une photo de profil, une illustration qui accompagne un propos. L'alt ne décrit pas ce que l'image montre, il décrit ce qu'elle apporte dans son contexte.

logo-link.html
<a href="/">
  <img src="logo.svg" alt="Accueil — Bariafuri"  loading="eager">
</a>

Le logo montre le symbole de Bariafuri. Mais ce qui compte pour l'utilisateur qui ne le voit pas, c'est que ce lien ramène à l'accueil. L'alt décrit la destination, pas l'image.

Image complexe : <figure> + <figcaption>(par exemple) + description étendue

Un graphique, une infographie, une capture d'écran annotée. L'information est trop riche pour tenir dans un alt de quelques mots. On utilise une structure en deux niveaux :

complex-image.html
<figure>
  <img
    src="chart-sales-q1.png"
    alt="Évolution des ventes Q1 2026 par région"
    aria-describedby="chart-data"
    loading="lazy"
  >
  <figcaption>
    Ventes Q1 2026 — croissance portée par l'Europe.
  </figcaption>
</figure>
 
<details>
  <summary>Description détaillée du graphique</summary>
  <p id="chart-data">Les ventes ont progressé de 23% en Europe,
     12% en Amérique du Nord et 8% en Asie-Pacifique.
     L'Europe représente désormais 45% du chiffre
     d'affaires total, contre 38% au Q1 2025.</p>
</details>

L'alt donne le sujet du graphique. Le <figcaption> donne le contexte éditorial — ce n'est pas une duplication de l'alt, c'est un complément. Et le <details> contient la description complète des données, accessible à tous : lecteurs d'écran, moteurs de recherche, LLM, et utilisateurs quand l'image ne charge pas. Détail qui compte : l'aria-describedby vise le <p> à l'intérieur du <details>, pas le <details> entier. Sinon la description embarquerait le texte du <summary>, et l'exposition d'un contenu replié varie d'un lecteur d'écran à l'autre. Ici j'ai utilisé une balise figure avec une balise figcaption, mais tu as le choix d'utiliser d'autres balises. Tout dépend du contexte.

Le piège SEO

Il y a une technique qui circule depuis des années dans les discussions référencement : mettre aria-hidden="true" sur une image décorative tout en remplissant son alt de mots-clés pour Google.

L'idée : cacher l'image aux lecteurs d'écran, mais garder le texte pour le référencement.

Le problème : Google n'utilise pas les attributs ARIA pour l'indexation. Il lit l'alt quoi qu'il arrive. Tu lui montres donc du texte qui n'a aucun équivalent visuel pour l'utilisateur. Une image décorative n'a rien à décrire. C'est du bruit injecté uniquement pour les moteurs de recherche.

Ce n'est pas du cloaking au sens strict. Mais ça s'en approche dangereusement. Google définit le cloaking comme le fait de présenter un contenu différent aux utilisateurs et aux moteurs de recherche dans l'intention de manipuler les rankings. Un alt rempli sur une image qui ne devrait rien dire, c'est exactement cet esprit.

Pas encore systématiquement pénalisé. Mais Google durcit progressivement sa position. Et ceux qui ont bâti leur référencement sur cette zone grise prendront la pénalité le jour où ils auront attendu trop longtemps.

La réalité est plus simple et plus honnête : les bonnes pratiques d'accessibilité sont aussi les bonnes pratiques de SEO et de GEO. Une image informative avec un alt descriptif et naturel sert les trois. Une image décorative avec alt="" est correctement ignorée par les trois. Pas de compromis. Pas de bricolage. Juste de la cohérence.

Décrire ce qu'on ne voit pas

Rédiger un bon texte alternatif, ce n'est pas décrire une image. C'est répondre à une question : qu'est-ce que cette image apporte ici que le texte autour ne dit pas déjà ?

Si l'image illustre un propos déjà explicite dans le paragraphe, elle est probablement décorative : alt="". Si elle apporte une information nouvelle (un résultat, une démonstration, une preuve), alors le texte alternatif doit porter cette information.

Quelques exemples concrets :

Photo d'une personne dans un article "À propos"
  • Avant : alt="Photo de Yoann Fortin assis à un bureau devant un écran d'ordinateur avec une plante verte à côté"
  • Après : alt=""

Le nom est déjà dans le texte autour. Titre de section, paragraphe de présentation. La photo illustre une personne déjà identifiée. Répéter son nom dans l'alt crée une redondance pour le lecteur d'écran. L'image est décorative dans ce contexte.

Capture d'écran illustrant un bug
  • Avant : alt="Capture d'écran"
  • Après : alt="Le bouton Valider est masqué par le pied de page en vue mobile"

"Capture d'écran" ne dit rien. L'information, c'est le bug. C'est ça que le texte alternatif doit porter.

Icône dans un bouton qui a déjà un label
  • Avant : alt="Icône de poubelle"
  • Après : alt=""

Le bouton dit déjà "Supprimer". L'icône est décorative, elle renforce visuellement un label qui existe déjà. La décrire en plus crée une redondance pour le lecteur d'écran : "Icône de poubelle, Supprimer".

La règle tient en une phrase : le texte alternatif ne décrit pas ce que l'image montre, il porte ce que l'image dit.

Pense au menu d'un restaurant. Un bon plat sur la carte, ce n'est pas la liste de ses ingrédients, c'est une phrase qui te donne envie de le commander et qui te prévient si tu ne peux pas le manger. Le texte alternatif, c'est cette phrase.

Les critères d'ensemble

Le RGAA encadre le traitement des images à travers cinq critères :

  • RGAA 1.1 — chaque image porteuse d'information a-t-elle une alternative textuelle ?
  • RGAA 1.2 — le texte alternatif des images décoratives est-il vide ?
  • RGAA 1.3 — le texte alternatif des images informatives est-il pertinent ?
  • RGAA 1.6 — chaque image porteuse d'information a-t-elle une description détaillée si nécessaire ?
  • RGAA 1.8 — chaque image texte est-elle remplacée par du texte stylé quand possible ?

Ces critères couvrent l'ensemble de ce que cet article décrit : savoir quand une image a besoin de parler, quand elle a besoin de se taire, et quand elle a besoin d'en dire plus.

Sources